L'appel d'Erdogan Ă  une refonte de la Constitution secoue la politique turque

L'appel d'Erdogan Ă  une refonte de la Constitution secoue la politique turque

ANKARA (AFP) – Quatre ans aprĂšs que le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a assumĂ© de vastes pouvoirs, il a une fois de plus pris le contre-pied de ses adversaires en appelant Ă  une nouvelle Constitution, suscitant des accusations de tentative de dĂ©tournement des malheurs du pays.

Prenant apparemment tout le monde au dĂ©pourvu, M. Erdogan a mentionnĂ© au dĂ©but de la semaine derniĂšre lors d'un de ses discours quasi quotidiens que "il est peut-ĂȘtre temps pour la Turquie de rouvrir le dĂ©bat sur une nouvelle Constitution".

Le timing a éveillé des soupçons immédiats sur les intentions d'un homme qui est au sommet de la vie politique turque depuis 2003, d'abord en tant que Premier ministre et depuis 2014 en tant que président.

Le dirigeant turc de 66 ans est confrontĂ© Ă  une soudaine explosion de manifestations Ă©tudiantes, une Ă©conomie qui Ă©tait sous tension avant mĂȘme que la pandĂ©mie de coronavirus ne frappe l'annĂ©e derniĂšre, et des sondages montrant une base de soutien en fusion.

La Constitution actuelle a été modifiée lors d'un référendum controversé de 2017 qui a créé une présidence exécutive.

Il est entré en vigueur à peine un an plus tard, lorsque M. Erdogan a été réélu, les amendements lui permettant de consolider son pouvoir.

Depuis lors, les seuls politiciens réclamant des changements constitutionnels ont été des membres de l'opposition, tous appelant au retour à la démocratie parlementaire précédente.

Rares sont ceux qui pensent que c'est ce Ă  quoi M. Erdogan pense.

"Il ne s'agit que d'une tentative de changer l'ordre du jour afin que l'économie, la pandémie, les préoccupations des agriculteurs, les inquiétudes des commerçants et les violations des droits ne soient pas discutées", M. Idris Sahin, vice-président du Parti de l'opposition pour la démocratie et le progrÚs (DEVA) , a déclaré à l'AFP.

DEVA a été lancé l'année derniÚre par M. Ali Babacan, un ancien allié d'Erdogan qui a gagné la confiance de l'Occident en tant que ministre de l'Economie.

'Pas sincĂšre'

M. Sahin a rejeté la décision de M. Erdogan comme "absolument pas une idée sincÚre", la décrivant plutÎt comme une réponse tardive aux tentatives des partis d'opposition de diluer la présidence exécutive.

Il a supposé que l'équipe du président s'était rendu compte que "pour la premiÚre fois, ils n'établissaient pas l'ordre du jour. Ils étaient à la traßne par rapport à l'opposition".

Le mois dernier, MM. Babacan et Kemal Kilicdaroglu du principal parti d'opposition CHP ont convenu de travailler ensemble sur un "systÚme parlementaire renforcé".

Conscient de ces efforts quelques semaines avant que le président ne prenne position, le partenaire de la coalition de M. Erdogan, Devlet Bahceli, de l'ultra-nationaliste MHP, a qualifié les tentatives de bricoler la présidence exécutive de "preuve de désespoir".

M. Bahceli a Ă©galement suggĂ©rĂ© de modifier la loi sur les partis politiques, alimentant davantage les spĂ©culations selon lesquelles il exerce un pouvoir dĂ©mesurĂ© en dĂ©pit d'ĂȘtre le partenaire junior de M. Erdogan et a Ă©tĂ© l'un des principaux instigateurs de l'appel du prĂ©sident pour une nouvelle loi fondamentale.

Le leader du MHP a également soutenu cette décision.

Mais, à l'instar de M. Sahin de DEVA, un diplomate occidental était sceptique quant au fait que M. Erdogan aspirait à des changements réels.

"A court terme, l'objectif principal semble ĂȘtre de diviser l'opposition en obligeant les partis Ă  prendre position sur le dĂ©bat constitutionnel qui sera probablement encadrĂ© dans le sens" avec ou contre la Turquie "", a dĂ©clarĂ© le diplomate Ă  l'AFP.

'Pas sérieux'

Certains pensent que si M. Erdogan a quelque chose de spécifique à l'esprit, il pourrait s'agir d'abolir une rÚgle électorale qui oblige un candidat à la présidentielle à recueillir plus de 50% des voix pour éviter un second tour.

"A ce stade, ce n'est pas une proposition sérieuse ou bien développée", a déclaré M. Galip Dalay de l'Académie Robert Bosch et de Chatham House.

Mais "s'il opte pour le changement de Constitution, son objectif principal serait de changer l'exigence de l'élection du président", a déclaré M. Dalay.

Le Dr Aysuda Kolemen du Bard College de Berlin était d'accord, projetant un scénario dans lequel l'opposition devrait se rallier derriÚre un seul candidat pour défier M. Erdogan lors du prochain vote présidentiel, prévu en 2023.

"S'ils ne peuvent pas, Erdogan peut gagner à nouveau", a déclaré le Dr Kolemen.

Mais rien n'est certain. La semaine derniÚre, le journal indépendant Cumhuriyet a déclaré que le seuil de 50% plus un resterait inchangé.

Vente difficile

Quoi qu'il en soit, M. Erdogan fait face à une lutte acharnée pour faire approuver une nouvelle Constitution.

En vertu de la loi turque, les changements exigent que 400 lĂ©gislateurs passent sans avoir besoin d'un rĂ©fĂ©rendum. Avec 360 voix, une proposition peut ĂȘtre soumise au peuple.

Étant donnĂ© que le parti AKP de M. Erdogan et le MHP n'ont que 337 voix, ils devraient travailler avec au moins une partie de l'opposition pour obtenir des changements.

Une autre question est de savoir si le public soutiendrait une nouvelle loi fondamentale.

"Vendre une nouvelle Constitution quatre ans seulement aprÚs une profonde refonte ne sera pas facile", a déclaré le diplomate occidental.

M. Sahin de DEVA a exprimé des pensées similaires.

"Les changements sont si nouveaux. Les gens ne demanderont-ils pas, voulez-vous une Constitution pour vous ou pour la société?" A demandé M. Sahin.

"Malheureusement, les rĂ©cents changements constitutionnels se sont transformĂ©s en quelque chose de fait pour le bien-ĂȘtre et l'avenir d'un homme. Il n'est donc pas possible pour le public de le soutenir."

Grégoire

Grégoire

38 ans, sĂ©parĂ© et papa d’un petit garçon nommĂ© Nathan je suis un journaliste de presse Ă©crite, fortement orientĂ© vers l’humain, l'Ă©conomie et la Chine. Je suis titulaire de la carte de presse 109543, depuis 2008.

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