Proche du point de basculement, la forĂȘt tropicale amazonienne pourrait s’effondrer dans 50 ans

Proche du point de basculement, la forĂȘt tropicale amazonienne pourrait s’effondrer dans 50 ans

PARIS (AFP) – La forĂȘt amazonienne s’approche d’un seuil qui, une fois franchi, verrait l’un des plus grands et des plus riches Ă©cosystĂšmes du monde se transformer en savane aride en un demi-siĂšcle, ont dĂ©clarĂ© les scientifiques mardi 10 mars.

Un autre Ă©cosystĂšme important, les rĂ©cifs coralliens des CaraĂŻbes, pourrait mourir en seulement 15 ans s’il passait son propre point de non-retour, ont rapportĂ© les scientifiques dans la revue Nature Communications.

Chacun de ces soi-disant « changements de rĂ©gime » aurait des consĂ©quences dĂ©sastreuses pour l’humanitĂ© et les autres espĂšces avec lesquelles nous partageons un habitat, ont-ils averti.

Dans les deux cas, le point de basculement prĂ©vu pour un changement irrĂ©versible rĂ©sulte du rĂ©chauffement climatique et des dommages environnementaux – dĂ©forestation dans le cas de l’Amazone, et pollution et acidification pour les coraux.

Le groupe consultatif scientifique sur le climat des Nations unies, le GIEC, a déclaré que 1,5 degré C de réchauffement atmosphérique par rapport aux niveaux préindustriels condamnerait 90 % des coraux des eaux peu profondes du monde. Une hausse de 2°C signifierait leur disparition quasi totale.

La surface de la Terre s’est dĂ©jĂ  rĂ©chauffĂ©e de plus d’un degrĂ© C.

Le point de basculement de la tempĂ©rature de l’Amazone est moins clair, mais les scientifiques estiment que le dĂ©frichage de 35 % de sa surface dĂ©clencherait sa disparition Ă©ventuelle.

Environ 20 % de la forĂȘt tropicale humide du bassin amazonien – Ă  cheval sur sept nations et couvrant plus de cinq millions de kilomĂštres carrĂ©s – a Ă©tĂ© anĂ©antie depuis 1970, principalement pour la production de bois, de soja, d’huile de palme, de biocarburants et de viande bovine.

« L’humanitĂ© doit se prĂ©parer aux changements bien plus tĂŽt que prĂ©vu », a dĂ©clarĂ© l’auteur principal, Simon Willcock, professeur Ă  l’Ă©cole des sciences naturelles de l’universitĂ© de Bangor.

Les rĂ©cents incendies incontrĂŽlĂ©s en Amazonie et en Australie – tous deux rendus plus probables et plus intenses par le changement climatique – suggĂšrent que de nombreux Ă©cosystĂšmes « vacillent au bord de ce prĂ©cipice », a-t-il ajoutĂ©.

DU « PUITS » À LA « SOURCE

Les scientifiques qui n’ont pas participĂ© Ă  la recherche ont approuvĂ© sa mĂ©thodologie et ont tirĂ© la sonnette d’alarme quant Ă  ses conclusions.

« Les implications de cette Ă©tude pour l’Amazonie sont terrifiantes », a dĂ©clarĂ© Alexandre Antonelli, directeur scientifique du Jardin botanique royal de Kew, Ă  Londres.

« Si des mesures urgentes ne sont pas prises maintenant, nous pourrions ĂȘtre sur le point de perdre la forĂȘt tropicale humide la plus vaste et la plus riche en biodiversitĂ© du monde, qui a Ă©voluĂ© pendant au moins 58 millions d’annĂ©es et qui fait vivre des dizaines de millions de personnes ».

L’Ă©cosystĂšme amazonien pourrait passer un point de non-retour dĂšs l’annĂ©e prochaine, ont rapportĂ© Willcock et ses collĂšgues.

Une autre Ă©tude, publiĂ©e la semaine derniĂšre, a montrĂ© que les forĂȘts tropicales du monde perdent rapidement leur capacitĂ© Ă  absorber le dioxyde de carbone Ă©mis par la combustion de combustibles fossiles, ce qui contribue au rĂ©chauffement de la planĂšte. L’Amazonie est en train de passer du statut de « puits » de CO2 Ă  celui de « source ».

Les forĂȘts mondiales – et en particulier les tropiques – absorbent 25 Ă  30 % du CO2 que l’humanitĂ© rejette dans l’atmosphĂšre. Les ocĂ©ans prennent 20 Ă  25 % de plus.

La dense canopĂ©e tropicale de l’Amazone – la plus grande du monde – stocke Ă©galement une Ă©norme quantitĂ© de carbone, soit environ dix fois la quantitĂ© rejetĂ©e dans l’atmosphĂšre chaque annĂ©e.

« Les nouvelles conclusions sont un nouveau rappel que cet Ă©cosystĂšme est en danger sur une Ă©chelle de temps ne dĂ©passant pas quelques dĂ©cennies », a commentĂ© Georgina Mace, professeur de biodiversitĂ© et d’Ă©cosystĂšmes Ă  l’University College London.

On sait depuis longtemps que les Ă©cosystĂšmes peuvent se dĂ©placer, parfois rapidement, sous l’effet d’un stress.

Les chercheurs ont analysĂ© ces transformations dans plus de 40 environnements naturels sur terre et dans l’eau, dont la taille va de petits Ă©tangs Ă  la mer Noire.

L’un d’entre eux – le Sahel en Afrique – est passĂ© d’un paysage forestier Ă  un dĂ©sert, mais sur une plus longue pĂ©riode.

« Les grands systĂšmes s’effondrent beaucoup plus vite qu’on pourrait le penser », a dĂ©clarĂ© le co-auteur John Dearing, professeur Ă  l’universitĂ© de Southampton en Angleterre.

La structure modulaire des grands Ă©cosystĂšmes permet dans un premier temps de rĂ©sister Ă  des changements tels que le rĂ©chauffement climatique ou la destruction des forĂȘts, a-t-il expliquĂ©.

Mais une fois qu’un certain seuil est franchi, la mĂȘme modularitĂ© entraĂźne une accĂ©lĂ©ration de la vitesse Ă  laquelle le systĂšme se dĂ©noue.

Grégoire

Grégoire

38 ans, sĂ©parĂ© et papa d’un petit garçon nommĂ© Nathan je suis un journaliste de presse Ă©crite, fortement orientĂ© vers l’humain, l'Ă©conomie et la Chine. Je suis titulaire de la carte de presse 109543, depuis 2008.

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